Existence… est-ce le mot qui convient pour un site
d’écriture ? Les mots ont-ils une existence propre
à eux ? J’en doute fort, ils ont quelques secondes
de gloire au moment de la procréation, c'est-à-dire
de l’écriture, et ils revivent à nouveau
sous les yeux du lecteur. C’est alors qu’ils se
transforment, qu’ils changent de ton, d’humeur,
et souvent de sens, suivant les interprétations du
moment. Ils ne sont pas difficiles, les mots, ils ont très
bon caractère, malléables au possible, flexibles
et maniables, et toujours très accommodants avec leur
environnement. Depuis cinq ans mon cahier de brouillons vous
propose ses pages et vous offre ses mots ; oui, je le crains,
des mots qui sont quelquefois brouillons et souvent trop simples,
puisqu’ils sont de tous les jours et si peu littéraires,
pris d’un vocabulaire d’une bilingue dont le cœur
balance entre sa langue maternelle et sa langue d’adoption.
Pourtant ces mots ont une résonance au delà
des frontières et des religions ; vos messages, si
gentils et précieux, me le précisent. Il arrive
souvent que je retrouve mes textes, au hasard de mes errances,
sur des sites et des forums des plus insolites. La plupart
du temps le copyright n’est point respecté et
cela est regrettable et même exécrable, mais
il m’est arrivé de découvrir l’un
de mes textes, avec ma signature, sur un site d’étudiants
dont le thème est la paix dans le monde et qui a pour
titre : "Le
site à la mémoire de Feu Moussa Benazzouz."
(il faut descendre vers le bas de la page pour trouver mon
texte); je ne sais pas qui était Mr Moussa Benazzouz,
et je respecte sa mémoire, et là je me suis
dis que mon cahier n’est pas inutile et a sa place sur
la grande toile. Et puis il y a « vous » mes lecteurs
anonymes et fidèles, les silencieux, ceux qui ne réagissent
ni à haute voix ni en chuchotant, ceux qui, presque
secrètement, feuillettent mon cahier, parcourent ses
lignes et absorbent ses mots et sont, peut-être, touchés
par les quelques griffes d’émotion qui m’ont
animée lors de l’écriture. Il y a également
les lecteurs qui passent en coup de vent, ceux qui parcourent
des yeux, sans être concernés le moins du monde,
ceux qui s’imprègnent à peine sans que
les mots ne les atteignent, ceux qui font quelques clics,
trois petits tours et puis s’en vont… ceux là
aussi sont les bienvenus car personne n’a vraiment le
mode d’emploi de la lecture d’un texte. Ce sont
mes lecteurs, abonnés ou visiteurs de hasard, qui donnent
un permis d’existence à mon cahier de brouillons,
je l’ai fait naître, vous le faites grandir. Commençons
donc une sixième année de cette collaboration
qui convient si bien aux amateurs de mots que nous sommes.
©Aliza Claude Lahav