4 septembre 2006

Souvenir...

Je crois qu’à l’époque nous avions une Ford Cortina blanche, j’étais en route vers mon travail, je n’étais pas en retard, je conduisais tranquillement. Il devait être un peu avant 8h, nous étions au mois de décembre, il faisait froid… oui même en Israël au mois de décembre il pleut et il fait froid ; j’écoutais une musique douce à la radio. Stoppée à un feu rouge un sentiment de panique me prit, mon Dieu j’avais oublié de mettre mes chaussures, je ne pouvais tout de même pas aller travailler pieds nus ! Cette peur d’avoir oublié mes souliers revenait périodiquement depuis des années sans que je puisse me l’expliquer. J’essayai de regarder mes pieds, mon ventre de neuf mois ne me le permettait pas, ils étaient cachés par mon troisième enfant qui gigotait allégrement dans un espace qui devenait de plus en plus étroit chaque jour. Angoissée, je parquai la voiture dès que je le pus, j’ouvris la portière et regardai mes pieds, évidemment je portais mes chaussures comme d’habitude et tout était normal. Je ne parvenais pas à calmer cette espèce d’angoisse qui me sciait l’estomac et faisait cogner mon cœur plus que de raison et que je n’arrivais ni à maîtriser ni à comprendre.
Ce jour là, alors que j’avais la tête baissée et que je fixai mes chaussures, une image bien précise me vint à l’esprit. Mon père, debout entre deux hommes, les bras raides le long du corps, les yeux d’une grande tristesse que je ne lui connaissais pas, vêtu de son pardessus bleu marine, son béret sur la tête, attendait qu’on l’emmène. J’avais huit ans et je ne comprenais rien à ce qui se passait, je ne voyais qu’une chose c’est qu’il était en pantoufles et qu’il allait partir comme ça, j’étais désolée. Nous étions en 1941 à Paris… j’apprenais ainsi que j’étais juive et qu’il fallait mettre ses chaussures avant de sortir. Et je ne savais pas de laquelle de ces deux vérités il fallait se cacher.
Il m’avait fallu trente ans pour découvrir la source de mes angoisses… et ce souvenir se réveille à la fin de l’été 2006. Allez savoir pourquoi…
Si vous voulez lire le récit plus précis des « Pantoufles » il se trouve sur cette page.


6 septembre 2006

Souvenirs, souvenirs...

Petits souvenirs je vous le dis, inutile de vous bousculer à la sortie, vous ne sortirez pas tous et certainement pas tous ensemble. Qu’avez-vous donc à faire un tel chahut ? Et que les anciens ne s’imaginent surtout pas qu’ils ont priorités sur les plus récents, ça c’est une idée reçue qui n’a rien à voir avec la réalité. Allons, allons, soyez sages et calmez-vous ; il y a de la place pour tout le monde, ceux qui resteront enfermés seront très bien logés, je vous le promets. Je m’engage même à les placer dans un endroit ultra luxe et à les chouchouter autant qu’ils le méritent et ceci dans une grande intimité. On n’a pas besoin de tout déballer pour être heureux ! Ben ! Je sais bien qu’il y a, parmi vous, des mécontents… que voulez-vous, on ne peut pas satisfaire tout son monde, alors soyez gentils et faites la queue calmement et sans vous exciter. Lorsque viendra votre tour, la direction avisera individuellement en prenant en ligne de compte les désirs de chacun.
Certains se plaignent d’être remodelés, réédités et même radotés… comprenez que c’est le privilège des dirigeants de vous accommoder à une sauce piquante de leur choix. Cependant, chers souvenirs, vous pouvez envoyer vos plaintes et jérémiades, en trois exemplaires et sur papier glacé, à qui de droit et surtout n’attendez pas de réponse, il n’y en a pas. Les demandes spéciales seront également refusées, inutile de me demander d’enjoliver votre passé, ce processus se faisant automatiquement après certains laps de temps.
Je tiens à mentionner qu’un favoritisme certain est de rigueur et mis en vigueur depuis de longues années.
Si vous n’êtes pas contents, qu’à cela ne tienne, vous pouvez allez aux oubliettes mes très chers ; la fabrication de souvenirs est maintenue et fonctionne comme une machine bien huilée, chaque jour amène une nouvelle récolte. A bon entendeur salut !

 


 

 

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