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La
page des mots

Le 18 octobre 1999 l’homme,
avec qui j’ai vécu 45 ans de ma vie, rendait son dernier
soupir. Il a été mon mari, mon amant, mon ami…
J’ai groupé sur ces pages tous les mots d’octobre
écrits depuis lors ; puissent-ils aider ceux d’entre
vous qui suivez ce même parcours de deuil. Je vous livre ici
un regard sur un aspect de ce chemin parcouru ces dix dernières
années.
11 octobre 1999 (quelques
jours avant sa disparition)
J'apprends la solitude
Lorsque la nuit vient et que tu t'abandonnes aux pillules
de l'oubli
Je prends la relève de la souffrance.
J'écoute ton souffle frémissant,
Mes mains qui ont en mémoire ta jeunesse triomphante
S'attardent à peine sur ton visage décharné
et sur ton épaule osseuse.
Tes lèvres balbutient mon nom par habitude,
Tu t'éloignes, tu me laisses seule avec notre misère
de vivre.
Tu te meurs et je pleure
J'apprends la solitude.
J'apprends le manque
Lorsque ta présence n'est plus qu'une ombre je
suis en mal de toi.
Je te cherche dans ton regard lointain,
Dans le bleu délavé de tes yeux.
Tu es là et pourtant je suis seule
Impuissante comme une enfant abandonnée.
Je souffre de te voir souffrir,
Je te tends ma main que tu effleures à peine
Tu te meurs et je pleure
J'apprends le manque.
J'apprends la vie.
Lorsque tu me dis que ma présence te sauve la vie
Tu te trompes, c'est ta mort que je sauve
Pour la rendre plus douce par mon amour.
Je voudrais te protéger, te préserver de
l'inutile souffrance,
T'éviter l'inévitable angoisse, vivre ta
mort à ta place.
Lorsque tu parles en dormant je guette tes mots disloqués
Ton cerveau que j'ai connu si brillant s'en va à
la dérive.
Tu te meurs et je pleure
J'apprends la vie sans toi.

05/12/99 ( quelques semaines
plus tard, extrait de mon journal)
Le matin après mon réveil
je me retrouve devant une plage de temps vide, une journée
entière à combler. Je n'ai pas de contraintes,
guère d'obligations, peu de désirs. C'est
ce que j'appelle une liberté insuportable délicate
à gérer . J'ai remarqué que l'intensité
de mon deuil met mal à l'aise mes amis les plus
proches, ils ne savent comment réagir à
ma tristesse, à mes vagues de dépression.
Probablement parce qu'ils sont déroutés
devant leur propre impuissance et qu'ils ne savent quoi
faire de cette épave qui tenait si bien une mer
houleuse il y a quelques semaines encore. J'en déduis
donc qu'il me faut garder mon mal pour moi seule afin
de ne pas géner les autres… et conserver
mes amis. Il y a évidemment des exceptions qui
confirment la règle.

Le 18 octobre 2000
En ce jour le monde est sombre
L'air est lourd, difficile à respirer
L'aube traînante hésite à se lever
La rosée est gouttes de tristesse.
Je suis allée sur la grande pierre
Celle où ton nom est gravé
Souligné de deux dates
Entouré de quelques fleurs.
Un souffle implacable de nostalgie
Emiette en silence les souvenirs
En grains de poussière étoilée
Amenuise les horizons de l'espoir.
Il y a longtemps et c'était hier
Aimer toujours
S'ouvrir au monde
Sourire à la vie
Vivre de sourires
Vibrer à la beauté
Espérer malgré tout
Du passé ne rien oublier
De l'avenir ne rien omettre.
Il y a longtemps et c'était hier.
Octobre 2003 (j'ai écrit
le texte qui suit en pensant à lui)
Si c'était...
Si c'était une matière elle serait précieuse, douce au
toucher, chaude de couleurs, attirante comme un aimant.
Si c'était une friandise elle serait délicieuse, moelleuse
sous la langue, et pour la déguster, il faudrait fermer
les yeux.
Si c'était une qualité, ce serait la sincérité. Elle
inspirerait confiance, susciterait les confidences, ferait
naître la complicité.
Si c'était une fleur, elle serait des champs, rare et
colorée, au parfum doux. Elle inviterait dans son espace
de liberté.
Si c'était un objet il serait de formes pures, beau sans
être imposant, on ne saurait s'en passer.
Si c'était un animal il serait fort comme un lion, doux
comme un agneau, frémissant de bonheur sous la caresse
de ma main.
Si c'était une vallée elle serait verdoyante et fertile.
Il y ferait chaud en hiver et frais en été, on pourrait
s'y reposer sur un lit de mousse à l'abri de tous les
abandons.
Si c'était une vallée ce serait le creux de ton épaule,
précieux, délicieux, parfumé, fort et doux. Lieu de
privilège où je poserais ma tête folle… mon dernier
refuge.

Octobre 2004 (un texte
écrit en son souvenir et, sans doute, dans un "refus"
de la réalité.)
Mes mots d'octobre
Viens près de moi je te dirai qui
je suis,
Tu me diras tout de tes espoirs et de tes rêves.
Nous rirons ensembles lorsque nos larmes s'épuiseront,
Tu prendras ma main je serrerai la tienne,
Tu seras mon abri et je serai ton nid le plus doux.
Viens près de moi et je te dirai qui tu es,
Tu berceras mes souffrances jusqu'à outrance.
Nous partirons sur des chemins inconnus,
Tu me diras des mots tendres, je saisirai les nuances,
Je comblerai tes manques tu guériras les miens.
Viens près de moi je t'apprendrai un nouveau monde,
Tu ouvriras ton cœur et tes sens et je t'accueillerai.
Nous aurons notre langage et nos secrets,
Tes yeux seront de velours lorsqu'ils se poseront sur
moi,
Mes regards seront les caresses de tes espoirs.
Nous broderons notre avenir,
Et composerons nos souvenirs,
Sans jamais nous lasser de cet amour
Que nous inventerons chaque jour.
Nous serons l'un pour l'autre… nous serons…
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©Aliza Claude Lahav
En
octobre 2003, des mots qui me sont offerts par un ami,
je vous les prête pour un moment. Un
clic ici
D'autres mots d'octobre
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Merci à Nicole qui
m'a envoyé de belles photos pour créer mes pages.
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